Archives du mot-clé langue régionale

La citation du jour : de l’universel au pluriversel

« […] l’universel éthique et politique (largo sensu) que le convivialisme vise à énoncer dans les termes les plus généraux (et donc partageables) possibles se présentent sous des formes particulières et plurielles. L’universalisme véritable n’est donc pas un universalisme mais un pluriversalisme.

Le fait que ces valeurs ne soient jamais exprimables dans un seul langage, dans les termes d’une seule culture, est une richesse. Chacune fait voir aux autres ce qu’elles ne voient pas, ou mal. »

Second manifeste convivialiste – Pour un monde post-néolibéral, Internationale convivialiste, Actes Sud, 2020

Pour aller plus loin :

Le convivialisme

Der Konvivialismus

Minority SafePack – Initiative citoyenne européenne

Plus que quelques jours avant d’arriver à l’échéance de cette initiative citoyenne européenne : il s’agit de faire une proposition de loi à la Commission européenne, mais pour cela il faut atteindre un million de signataires avant… le 3 avril !

https://ec.europa.eu/citizens-initiative/32/public/#/

 

Testament électronique

Dìs wär’s…

La langue de communication en Alsace a été l’allemand (dans ses variantes dialectales), depuis belle lurette. A été.

Après avoir fait partie pendant plusieurs siècles du Saint Empire Romain Germanique (Heiliges Römisches Reich Deutscher Nation), l’Alsace passe au royaume de France au XVIIe siècle, mais garde quand même grosso modo ses particularités linguistiques jusqu’à la fin du XIXe siècle. Puis commence le va-et-vient entre la France et l’Allemagne. Allemande de 1870 à 1918 ; française de 1918 à 1940 ; allemande de 1940 à 1945 ; française depuis 1945. À chaque fois, à partir de 1870, cela entraina systématiquement des changements plus ou moins violents de langue officielle. À savoir quand même, là où les allemands toléraient par exemple l’usage du français pour les communes francophones d’Alsace, les français ne firent jamais preuve d’une telle tolérance pour toutes les autres communes non-francophones ! Au cours du chaotique XIXe siècle, les différentes variantes de l’allemand continuèrent néanmoins à rester langue de communication. Et puis arriva le traumatisme du nazisme, la mise au pas nazie, l’incorporation de force (les Malgré-nous), l’épuration , et la « répression » de l’État français par la suite : tout ce qui était systématiquement associé à l’« ennemi » était systématiquement dévalorisé et combattu, à commencer par la langue. La culpabilité prit naissance, « c’est chic de parler français », et on commença de ne plus transmettre la langue dans la deuxième partie du XXe siècle. C’est un résumé un peu simplificateur, forcément. Pour approfondir le sujet, consulter l’excellent ouvrage collectif : Histoire de la langue d’Alsace, que l’on peut trouver auprès des co-éditeurs, le réseau CANOPE de Strasbourg, ex-CRDP (espace de documentation et de ressource de l’Éducation Nationale, bien connu des enseignants), ou la maison d’édition La salde.

« Durant la décennie 1945-1955, 90% de la population était constituée de germanophones natifs, 15% de bilingues à dominante germanophone et 10% de francophones natifs. » (ibid. p.174). Alors qu’en 1946 « 91% des Alsaciens parlent le dialecte » (ibid. p. 192), en 1979 ils ne sont déjà plus que 75%. D’après l’OLCA (Office pour la Langue et la Culture d’Alsace – Elsassisches Sprochàmt), en 2012 il n’y a guère plus que 43% de personnes qui se déclarent dialectophones, et, surtout, ils ne seraient que 3% chez les 3-17 ans !

3% !

Dans une thèse de 1995 sur « la pratique du dialecte alsacien et l’identité culturelle chez l’adolescent« , François Rosenblatt conclut de façon suivante : « pour les nouvelles générations on ne peut plus parler de diglossie alsacienne » (revue Land un Sproch n° 200, décembre 2016).  Par « diglossie », on entend globalement une situation linguistique pour une communauté donnée dans laquelle deux langues sont utilisées, l’une étant plus valorisée que l’autre. C’est le cas du bilinguisme en Alsace à l’heure actuelle (pour les dialectophones) : l’alsacien pour la maison, l’intime, et le français pour l’extérieur, le public, le français étant largement survalorisé.

Encore faut-il se trouver dans une situation de bilinguisme pour pouvoir parler de diglossie… Or : 3%. À l’heure actuelle, il ne s’agit donc plus tellement de défendre le bilinguisme, mais peut-être davantage de le … relancer, redévelopper ! Dans le numéro 200 de la revue Land un Sproch, Jean-Marie Woehrling fait des constats amers : « Les richesses de Land un Sproch n’ont irrigué qu’un tout petit public et n’ont jamais su trouver l’audience méritée. […] Mais, c’est aussi, la léthargie intellectuelle de notre région, son incapacité de jeter un regard décomplexé sur la situation particulière de ce territoire, le conformisme franchouillard, qui ont rendu inaudible le message de la revue. » (p.9). Cette revue est l’outil de communication de l’excellente association « Culture et Bilinguisme d’Alsace et de Moselle« . Cette association historique rassemble des intellectuels qui sont au sommet du combat pour la défense de la langue et des particularités alsaciennes, association dont les différents membres et contributeurs publient régulièrement des ouvrages essentiels, interpellent les politiques de façon constructive, organisent des colloques, etc.

Mais leurs idées, fondamentalement progressistes, n’ont jamais trouvé écho au sein de la population alsacienne… L’Alsace rurale, celle où le dialecte est encore le plus vivace, place le FN en tête au premier tour des élections présidentielles de 2017. Être replié sur soi ne mène jamais qu’à… l’autodestruction. Ainsi soit-il.

Toutes les initiatives actuelles (largement relayées dans ces pages ces derniers temps) vont dans le bon sens : crèches en immersion, colonies dialectophones, créations artistiques en langue dialectale, enseignement bilingue, propositions politiques, etc. Mais si elles ne sont pas relayées, encouragées et soutenues par l’administration et, surtout, les médias (ainsi le veut notre époque), elles ne réussiront pas à se développer réellement, et surtout ne réussiront pas à prendre pied dans les mentalités, à gagner concrètement la population.

Constats amers.

Je laisse le combat à ceux qui sont sur place, à ceux qui sont compétents, en me contentant de leur donner visibilité.

Les contributions de ce blog n’apportent rien à l’amélioration de la situation linguistique. Elles ne font que se perdre dans l’océan sans fin des innombrables bouteilles à la mer, ses consœurs de misère, jetées sur la toile d’un clic de souris rapide et inconséquent.

Et si je croise mon semblable… dànn wìrd weder àlles guet – fuer e Paar Minüte – solàng mìr mìtnànder redde…*

 

  • Traduction : « … alors tout ira à nouveau bien – pour quelques minutes – le temps de parler ensemble… »

La citation du jour : Langue et toponymes

« Une population ne vit pas sans attaches. Elle a façonné le paysage avec sa langue, sa vision du monde, sa culture, en donnant des noms aux lieux, aux collines, aux montagnes, aux portions de plaine, aux forêts, aux rivières. Les toponymes sont tous chargés de sens et forment le noyau dur d’une langue. Même s’ils évoluent, ils conservent une signification, un sens qui dépasse la durée d’une génération. Ils permettent de ne pas rompre la chaine des générations, ils nous mettent en relation avec ceux qui nous ont précédés. La connaissance des toponymes est un moyen de promouvoir un patromoine linguistique vivant, de surmonter le sentiment de déracinement, celui d’être de nulle part. »

Histoire de la langue régionale d’Alsace, p. 49,  R. Greib, J.-M. Nierdermeyer & F. Schaffner, Editions CRDP Strasbourg et SALDE.

Ragnarök

Le ragnarök, dans la mythologie nordique, désigne ce qui est communément connu sous le terme de « crépuscule des dieux » (ragna rokkr), ou « destin fatal, fin des dieux » (ragna rok). D’après le dictionnaire Mythes & mythologies, de Larousse, « les Germains ne croyaient pas à l’éternité du monde, ni même à celle des dieux » (p.325). Lors du Ragnarök, tous les dieux, les humains, les géants, le loup Fenrir, le grand serpent de Midgard, etc., tous s’entretueront, les mers recouvriront tout, et ce sera la fin de ce monde.

Mais, ce n’est pas la fin de tout, un nouveau monde renaitra ensuite, avec de nouveaux dieux…

Si l’on s’accorde avec Mahmoud Darwich, pour dire que « je suis ma langue. Pas plus, mais pas moins », alors on pose effectivement comme postulat que la langue est un élément fondamental de l’identité. Ce n’est pas le seul, certes, il suffit de parcourir le riche dernier numéro de la revue Land un Sproch – les cahiers du bilinguisme, qui est consacré à l’identité alsacienne, et à ce que signifie « être Alsacien aujourd’hui », pour s’en rendre compte. La maitrise d’une langue commune est néanmoins fondamentale, cela permet de se comprendre, d’échanger, d’exprimer des pensées, des réflexions, de se reconnaître : l’alsacien forme communauté en Alsace. Formait… ?

Or, seuls 3 % des enfants alsaciens parlent encore la langue. Thor a déjà succombé au venin du serpent. Tyr est le dernier à être encore debout. 3 %. La fin est imminente. Les étoiles sont sur le point de s’effondrer, les mers et les fleuves de déborder, pour engloutir et recouvrir les derniers résistants à la «langue» unique… La mondialisation économique, à travers le libéralisme, n’a pour seul objectif que de faire consommer tout le monde la même chose. Et pour avoir envie des mêmes biens matériels, il faut bien qu’on soit tous « identiques », alors chassez-moi ces langues que je ne saurais voir, qui pourraient cacher des différences culturelles, d’autres façons d’entrevoir le monde !

Comment peut-on encore sauver une langue avec si peu de locuteurs ?!? Thierry Kranzer, à l’origine du FILAL, en phase avec des travaux linguistiques sérieux, prétend que c’est encore possible. Il faudrait pour cela un enseignement massif en immersion, et, donc, une volonté politique forte : cette volonté politique n’existe pas ; ou reste encore à susciter ! Peut-être qu’une action populaire radicale apporterait une quelconque inflexion politique… mais la posture révolutionnaire ne participe pas de l’habitus du peuple alsacien…

Il existe nombre d’initiatives au service de la langue régionale. Le festival Summerlied en est une. Il se tient tous les deux ans à Ohlungen, petite commune du nord de l’Alsace. C’est certes un festival musical classique, qui propose un programmation éclectique, avec des artistes variés de renommée nationale et internationale, mais c’est aussi un festival qui cherche à promouvoir, défendre, faire (re)connaître la langue alsacienne. Les artistes alsaciens chantant en langue alsacienne (peu ou prou) sont bien représentés, avec deux journées complètes leur étant particulièrement dévolues. Une variété d’animations et de programmations sont proposés : lectures de textes littéraires alsaciens, contes en alsacien, présence des principaux éditeurs et acteurs culturels du bilinguisme, etc.

Or…

Sur la route vers Ohlungen, en traversant nombre de villages alsaciens, on remarque qu’une grande majorité des panneaux présentent un ruban noir, ou un autocollant revendicatif « Alsace unie », ou encore une sorte d’addendum au nom du village dans lequel on pénètre : « im Elsass », en Alsace ! La conscience de la problématique alsacienne semble bien présente sur le territoire. Et pourtant, quand je produis des énoncés en alsacien à des interlocuteurs que je suis sûr être dialectophones, on me répond trois fois sur quatre en français ! On ne se connaît pas. La langue est définitivement reléguée aux échanges familiaux ! Même au festival, je me suis vu répondre en français…

Le samedi 13 août 2016 était censé être le « Elsässer Daa », d’après le présentateur Pierre Nuss (la journée alsacienne). Robert-Frank Jacobi et René Egles, véritables troubadours de la langue, sont programmés dans l’après-midi. Surement trop confidentiels, ou trop engagés pour le « grand public » plus nombreux du soir. Le soir sont prévus Leopoldine HH, Matskat et les strasbourgeois Weepers circus. Bien que ces derniers soient d’excellents musiciens, le chanteur ne parle pas un mot de la langue, contrairement à Leopoldine, et surtout Matskat, qui nous a fait l’honneur de chanter deux chansons en alsacien.

Deux !

Formidable « elsässer Daa » !

Le poète Yves Rudio a lu quelques-uns de ses textes le même jour sur la Scène Poétique Patrick Peter. Nous n’étions pas très nombreux. Sur les quatre parois de cet espace scénique, des affichettes présentant les grands auteurs de l’espace alsacien, dont Sebastian Brant, né à Strasbourg au XVe siècle, auteur du très célèbre Narrenschiff, best-seller de l’époque humaniste, La nef des fous. Dans « Langue et culture régionale », cahier n°6, Raymond Matzen écrit à propos de l’auteur du Narrenschiff que « s’il condamne avec rigueur tous les défauts des hommes, c’est dans l’espoir de pouvoir les aider à se corriger. Il veut que sa galerie de fous soit un « miroir » dans lequel tout un chacun pourra en partie se reconnaître et, dès lors, s’amender, se redresser. »

Alors que Yves Rudio était en train de déclamer l’un de ses textes nommé « S’Nàrreschìff », dont l’intertextualité est claire, l’affichette de Sebastian Brant s’est subitement détachée, est tombée à terre. À ce moment-là. Justement…

Le poète continua sa lecture sans sourciller.

Hasard ? Présage ?

Peu importe. Fuir ne fait pas partie des possibles. Nous n’avons pas le choix : Terminer le combat entamé, jusqu’au crépuscule, tant que nous y voyons clair, tant que nous entendons clair…

Parler notre langue jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’autre oreille debout pour la comprendre.

Ùn wer weiss, villicht…

Pétition pour des crèches et écoles en immersion complète en alsacien

Cette pétition a été lancée par Thierry Kranzer, du FILAL.

En voici le texte de présentation :

« 25 départements français (1 sur 4) disposent de maternelles en immersion complète en langue régionale (basque, catalan, breton, occitan). 10 000 élèves de primaire bénéficient aujourd’hui de cet enseignement immersif en France. L’Alsace a encore une révolution linguistique de retard, alors que sa langue régionale est celle des puissantes économies voisines (Pays de Bade, Suisse alémanique). Alors que l’enfant ne passe que 1000 heures par an à l’école sur 4000 heures durant lesquelles il est éveillé, l’immersion complète à l’école est le seul moyen de parvenir à un bon équilibre linguistique à la fin de la maternelle, dans une société où tout se passe en français (rue, TV, copains). D’ailleurs, un rapport du Conseil économique et social des Nations Unies de 2005 démontrent que partout où il y a une langue minoritaire, la qualité de l’éducation à la fin du primaire est proportionnelle au taux d’immersion dès la maternelle en langue minoritaire. La politique linguistique est une science exacte et l’immersion –  là où elle est pratiquée (Canada francophone, Pays Basque, Pays de Galle, Hawaï) – a permis d’augmenter drastiquement le pourcentage de locuteurs de moins de 20 ans. Si nous voulons augmenter le % de locuteurs de moins de 20 ans en Alsace, il faut passer par l’immersion. Màcha met. UNTESCHRIEWA JETZA »

Et voici le lien pour la pétition :

NOUS VOULONS DES CRÈCHES ET ÉCOLES EN IMMERSION COMPLÈTE EN ALSACIEN ! JA MER WANN!

 

La citation du jour : « Une langue […] c’est un monde »

« Une langue, ce n’est pas seulement un moyen (un véhicule !) de communication, c’est un monde, une représentation du monde, eine Weltanschauung, c’est une esthétique, à entendre aussi au sens premier d’unité de sensations, d’une manière singulière de sentir et d’éprouver. La disparition d’une langue, c’est donc la disparition d’un monde et la fin d’un peuple. Il n’y a plus pour ainsi dire de peuple alsacien, seulement une population. »

Jean-Paul Sorg, postface de : Pierre Klein, Comment peut-on être Alsacien ?, p. 109

Chronique vagabonde – « E nejes Lied » : Neji Müsik, neji Werter, neji Sprooch

En novembre est sorti le CD « E nejes Lied« , de Nicolas Fischer et Yves Rudio.

  • Nicolas Fischer est musicien en Alsace et consacre une grande partie de son énergie au bilinguisme en intervenant notamment dans les classes bilingues et en créant, en composant de la musique pour l’apprentissage de l’allemand et de l’alsacien.
  • Yves Rudio est professeur des écoles bilingue et poète alsacien. Il s’exprime dans ses poèmes majoritairement en langue alsacienne (ayant déjà plusieurs recueils à son actif), et propose une poétique de l’ici et maintenant, résolument ancrée dans son époque et ses problématiques globales, questionnant dans son dernier recueil les injustices de notre monde (« Ùng’rechtigkeite vùn ùnsrer Welt », sous-titre du recueil).

Cet opus est le vent de fraicheur que l’on n’attendait plus. Certes, ils sont loin d’être les seuls à chanter en alsacien, bien au contraire, mais ils apportent quelque chose de nouveau qui me semble essentiel par les temps qui courent, c’est-à-dire au point où nous en sommes arrivés avec notre langue : en alliant une esthétique musicale globalement pop-variété (soignée et parfaitement exécutée par de bons musiciens) à des thématiques contemporaines qui ne soient pas alsaco-alsaciennes (le destin des migrants, la notion de libre-arbitre et de destin, l’engagement de l’individu, le questionnement de la croyance…), dans une langue à la fois claire et évocatrice, ils proposent tout simplement une œuvre qui soit totalement dénuée de tous les clichés habituellement liés à la « musique alsacienne » et qui pourrait sans problème, par son esthétique musicale grand public, se placer sans vergogne au sommet du hit-parade, s’il n’y avait la langue alsacienne pour freiner un destin « national ». En Alsace, en revanche, au pays des dialectophones, ce CD serait parfait (grâce aux thématiques et à l’esthétique musicale, comme déjà évoqué) pour réorienter positivement les représentations des Alsaciens sur leur propre langue ! Une langue qui chante par exemple la problématique des migrants sur fond pop ne relève pas du folklore, ne s’est pas perdue dans le passé ; elle est donc en phase avec son temps, elle peut être poétique, elle peut faire réfléchir, voire pousser à l’action, sans être exclusivement cantonnée aux échanges du quotidien au sein d’un foyer domestique – ce que beaucoup, beaucoup trop, d’Alsaciens pensent en ce XXIe siècle.  Il suffirait que ces titres – puis d’autres, tous les autres, déjà existants ou qui suivront – accaparent un peu les ondes, à la place des insipides produits formatés issus d’une quelconque émission de téléréalité musicale, pour amorcer le travail de revalorisation et de réappropriation de notre langue par ses propres locuteurs, par les enfants de ses locuteurs !

C’est d’ailleurs d’une certaine façon la problématique des deux chansons phare de l’album, «E nejes Lied» et «E àltes Lied». Un constat amer est dressé d’emblée, « Mìr redde nimmeh wie de Schnàwwel wàchst / Mìr redde viel liewer wie de Tele gwàtscht » («E àltes Lied»), l’action nivelante, abrutissante et uniformisante de la « culture » de masse télévisuelle remplace la communication dans/par la langue historique en devenant une nouvelle norme ; les Alsaciens eux-mêmes restant totalement passifs face à ce phénomène global, « ùn mìr tànze mìt, gràd wie àlli àndre ùn im salwe Schritt » («E àltes Lied») ; mais il n’y a pas pour autant de résignation, ce constat sert d’appel à un nouvel élan : « E àltes Lied, e àldi Sprooch / Wenn’s nur nìt gànz vergasse hesch / No sing’s doch einfàch nochemol » («E àltes Lied»). Pas d’acte révolutionnaire, mais un appel simple, fort et net à continuer à utiliser cette langue. Le pendant optimiste de cette chanson, «E nejes Lied», va plus loin. Il ne s’agit pas seulement de continuer à utiliser jusqu’à son extinction une langue multi-séculaire, mais véritablement de la renouveler, tant dans son usage que dans les capacités d’action que toute langue porte en elle : « Komm mìr sìnge e nejes Lied / Ànstànd bàbble ànstand wàrte / Ànstànd hoffe ànstànd schlofe / Ànstànd schwàddle ànstànd plàne » ( refrain de «E nejes Lied»). Ici encore, l’immobilisme et la télévision sont fortement stigmatisés.

Cet immobilisme trouve sa source dans les peurs engendrées par le monde moderne, et constitue le thème d’une chanson en soi : « Sie hàn Àngscht dàss d’Walt unter geht / Sie hàn Àngscht dàss d’Kriis bevorsteht / Sie hàn Àngscht des àlles nammt ken And » («Nix»). Mais le poète ne se pose jamais en moralisateur et n’exclue aucun individu de ses remises en cause, passant du « ils » au « nous » puis aux « tu » et « je », et de la phrase déclarative à l’interrogation : « Wàs màchsch denn dü, ùn wàs màch denn ich ? » («Nix»).

La tension entre idéal et réalité traverse tout l’album, son questionnement culminant dans le titre «Wàs glààwe» : « Saller glaubt fescht àn de Mansch / Àwer àn kenner wie dü kannsch / Wàs glààwe ? Wàs Sklàwe ? ». Les croyances, les systèmes de pensée semblent fonctionner comme des filtres et davantage paralyser l’action, ou toute possibilité de progrès. À l’instar du courant réaliste du XIXe siècle, c’est l’accumulation, l’authenticité, la simplicité des petites choses qui créent du grand. « Min kläne Derfel hät nix vum Städtel / Kenn G’schäft ùn kenn Poscht/ Nix wie ebs koscht/ […] Doch wenn de mol kommsch / Kommsch nìt um e sonscht » («Min kläne Derfel»).

Il s’agit ainsi d’abord et avant tout d’aller de l’avant, de façon constructive. Pour autant, la convocation des deux mythes constitutifs de l’alsacianité n’est en aucune façon le signe d’un quelconque passéisme. Dans «De Hàns», le héros national (qui ne sait ce qu’il veut, qui n’arrive pas à effectuer de choix, qui est constamment tiraillé entre deux pôles en apparence opposés, à l’image de l’Histoire de l’Alsace) est totalement réactualisé. Le texte original est finement et habilement détourné afin de transformer ce héros indécis perdu dans le non-être en un héros dont les envies sont enfin en adéquation avec ses choix et ses actions, afin de transformer l’éternelle tragédie alsacienne en récit ouvert avec un avenir possible, non funeste ! : « De Hàns im Schnokeloch, der kriejt jetzt wàs er will / De Hàns im Schnokeloch, der wìll jetzt wàs er kriejt ». Cette ouverture sur un possible est de plus parfaitement incarné par une ligne musicale on ne peut plus contemporaine, funky et rythmée, loin des flonflons d’une Blosmüsik désuète. Ce même ancrage musical dans notre époque se retrouve, à travers des tonalités flirtant avec le slam et un peu d’électro, dans un classique incontournable : «D’Letschte 2015». Ce célèbre texte de Germain Muller, qui semblait prophétiser la fin de la langue (?), est repris ici-même par sa femme, Dinah Faust.

« Ceci n’est pas de la musique alsacienne », Peut-on lire sur la pochette de l’album. Si l’on entend par « musique alsacienne » les fanfares de cuivre folkloriques qui ressassent les mêmes airs dans une esthétique éculée, alors on peut effectivement prendre cette assertion au pied de la lettre. Les auteurs veulent s’en détourner pour montrer leur modernité. Mais il s’agit bien plutôt d’une provocation joyeuse ! L’alsacien n’est peut-être pas encore mort, mais il n’est pas non plus déjà caduc ! Faire de la musique moderne en chantant exclusivement en alsacien n’est pas seulement possible, c’est nécessaire ! Vu son ancrage dans l’Histoire de l’Alsace, dans l’histoire de la langue, dans la modernité, dans des problématiques globales qui concernent tout un chacun, cette musique ne peut trouver de meilleur qualificatif, puisqu’elle propose de se réinventer : alsacienne !

 

Pour se faire une idée plus précise, voici trois clips avec sous-titrage en français :

  • Nix (« rien ») : excellent clip qui est en parfaite adéquation avec son propos, avec ce qu’il dénonce. Remarque pour les francophones : Vers la 30e seconde, le texte dit « que font-ils concrètement ? », qui est la traduction correcte de l’expression « wàs namme se konkret in d’Hànd ». Pour comprendre l’ironie de ce que fait le personnage à ce moment précis, il faut savoir qu’une traduction mot à mot serait : « que prend-il concrètement dans la main ? ». Cette image résume parfaitement, à mon sens, le tragique d’une certaine modernité

 

  • E nejes Lied- Changer d’air.
  • Ìwwerlawe (« survivre ») : Traite d’un sujet malheureusement bien d’actualité (sans sous-titrage mais avec les mots clés en français, sous forme d’interrogation).

« Réforme » de l’orthographe et orthographe alsacienne (ORTHAL)

On a beaucoup parlé de la « réforme de l’orthographe » ce mois de février, en France. Les médias s’en sont emparé, les politiciens également, ainsi que le tout-venant.

En France, l’orthographe a quasi valeur de symbole identitaire, voire de relique, et vouloir y toucher un tant soit peu, relève de l’hérésie pure et simple, du péché suprême. On l’a déjà souvent dit dans ces pages, le mythe (illusoire et trompeur) de la langue unique, unifiante, symbole de l’identité française, est largement partagé par l’ensemble des citoyens de ce pays. Or, presque personne ne fait la distinction entre orthographe, grammaire, système linguistique, langue (écrit et oral) ; presque tout le monde fait l’amalgame entre l’orthographe et la langue française, cette sacro-sainte langue française.

On a donc entendu tout et surtout n’importe quoi au sujet de cette soi-disant réforme. Surtout pour la critiquer négativement, la dénoncer. Touche pas à mon orthographe !

Il se trouve qu’il n’y a pas de réforme de l’orthographe en 2016, mais il y a eu des retouches proposées en 1989 par le Conseil supérieur de la langue française, rectifications « approuvées par l’Académie à l’unanimité le 3 mai 1990 » (Encyclopédie de la grammaire et de l’orthographe, La Pochothèque, p. 607). C’est bien rare, dans l’histoire de l’orthographe française, que des propositions soient admises à l’unanimité. S’en suit un déchainement médiatique, qui pousse l’Académie française, l’année suivante, à ne pas rendre ces modifications obligatoires. Pourtant, « [ces propositions] constituent, pour la plupart, des harmonisations nécessaires de pratiques indécises » (Grammaire méthodique du français, M. Riegel, J.-C. Pellat, R. Rioul, puf, p. 81). Les spécialistes ont cédé face à l’obscurantisme. Pourquoi diable les médias s’emparent-ils à nouveau de ce même sujet, 26 ans plus tard, alors qu’il n’y a strictement rien de neuf sous le soleil ? Ce n’est pas là notre sujet…

Notons simplement que la construction de l’orthographe française et son histoire (depuis la dernière partie du Moyen-Âge) est complexe, « elle obéit à des exigences parfois contradictoires dans leurs principes et sources de difficultés dans la pratique » (Encyclopédie de la grammaire et de l’orthographe, La Pochothèque, p. 601). Les Alsaciens, comme les autres Français, affirment bien haut et fort leur attachement à la langue française, et donc à son orthographe (même si ce raccourci, on l’a vu, n’a pas de sens) ; et en même temps, ils seront les premiers à prétendre que l’alsacien ne s’écrit pas… pour la simple et unique raison que la langue régionale ne leur a jamais été enseignée à l’école. Si ça ne s’enseigne pas, c’est sûrement que ça ne s’écrit pas, parce qu’il n’y a pas de système orthographique normé, ce qui signifie pas de reconnaissance institutionnelle et donc, in fine, pas d’intérêt, voire pas d’existence.

Jetons un coup d’œil du côté de la littérature alsacienne. Eh oui, ça existe : ici encore, comme elle n’a jamais été enseignée et/ou identifiée comme telle, elle a toujours été soit purement et simplement volontairement oubliée, soit ses auteurs ont été estampillés comme auteurs français ou allemands. Or, la plupart ont souvent écrit dans les trois idiomes, le français, l’allemand, l’alsacien. Ernst Stadler, Hans Arp, René Schickelé, André Weckmann, Nathan Katz, etc. Les productions poétiques et théâtrales en langue régionale, notamment, se sont largement répandues et démocratisées au XXe siècle.

Comme aucune institution n’a jamais normé la graphie, n’a jamais fait de la transcription de l’alsacien une orho/graphie (du grec orthos, « droit », « correct », et –graphos, de graphein, « écrire » : c’est-à-dire écrire correctement, selon une norme reconnue par tous), chacun faisait comme il pouvait pour adapter l’alphabet actuel (qui vient du latin, qui dérive du grec, qui dérive du phénicien…) à la transcription des sons de l’alsacien. Exactement comme ce fut le cas pour la langue française du Moyen-Âge jusqu’au XVIe siècle, avant d’être définitivement fixée au XVIIe siècle, avec la création de l’Académie française.

Rien de tel en Alsace. Ah si ! Mieux même ! Deux linguistes et dialectologues, E. Zeidler et D. Crévenat-Werner ont mis au point une système de transcription orthographique, l’ORTHAL, après des années de recherches et d’expérimentations. Ce système, qui comme toute orthographe « nationale » obéit à la fois à un principe phonographique et idéographique, permet à tout alsacophone de transcrire son parler. En effet, rappelons qu’il n’y a pas une langue alsacienne mais un continuum de parlers allant du haut-alémanique au francique-rhénan en passant par le bas-alémanique, avec une intercompréhension générale.

Bref, l’alsacien s’écrit, et il s’écrit même très bien.

Si bien, que personne ne pourra jamais être montré du doigt, ne pourra être stigmatisé, parce qu’il n’écrit pas comme tout le monde, ou pire, parce qu’il n’arrive pas à maitriser ce que les élites lui imposent comme norme, ou pire, parce qu’on tentera de le jeter sur un bucher, s’il cherche à proposer des variantes, aussi réfléchies et pertinentes soient-elles.

Écrire l’alsacien, écrire en alsacien, grâce à l’ORTHAL, c’est, au-delà de la joie de s’exprimer dans sa langue :

  • pratiquer une écriture qui respecte les différences tout en permettant l’intercompréhension, c’est-à-dire l’unité de communauté,
  • favoriser à travers la graphie, la langue, une identité ouverte et plurielle, loin de l’enfermement dans l’un et l’unique, prôné par la République française,
  • assumer pleinement l’union dans la diversité, les valeurs de tolérance et de respect, loin des systèmes coercitifs français pour les ainsi-nommés français.

Alors oui, en toute connaissance de cause, en tant que professeur certifié de français, j’appelle à une véritable et courageuse réforme de l’orthographe française, ainsi qu’à la généralisation de l’écriture de l’alsacien sur l’ensemble de l’aire géographique Alsace-Moselle !

Eini Sprooch

Après avoir passé les fêtes en Alsace, me revoilà en « France ». À chaque fois, le même choc, la même tristesse sonore. – absence de chant – Une seule langue résonne constamment. Le français. Tout le monde ne parle qu’une seule unique langue. Les personnes âgées, les jeunes, les citadins, les ruraux. Aucun code-switching. Quelle monotonie. Comme c’est ennuyeux… ennuyeux à mourir !

 

Ùf’em Lànd, Fàchwerkhiiser,

In d’Ohre, àlle Gebott – noch – Fàrwefrohe Werter, e bunti Sprooch.

Ùn àb ùn züe au e bìssele franzeesch dezüe.

 

Àwer au schon neiji Hiiser. Sie sëhn genau so üs, wie àlli àndri neiji Hiiser

In gànz Frànkri.

Sìnn mìr denn jetzt schon woàndersch ? Oder nìrjeds meh ?

 

« D’Heim », im innere

sieht’s genau so üs. Ohne Fàchwerkhiiser…

Àwer.

Àlli redde nùmme noch die eini,

einzige,

Sprooch.

 

Wie trürig.

Wie làngweilig.

So làngweilig…

Todeslàngweilig !

L’autonomie, une utopie ?

Dans les milieux activistes culturels alsaciens, qui se battent notamment pour une généralisation du bilinguisme depuis plusieurs décennies, le terme « autonomie » revient de plus en plus souvent. Le parti politique Unser Land, seul partie démocratique, qui a le vent en poupe, à défendre ouvertement le bilinguisme et les particularités régionales, se déclare ouvertement autonomiste.

Pour un français, un francophone bien intégré dans la nation française, qui a donc intériorisé inconsciemment – presque toujours – le centralisme jacobin, qui confond unité et uniformité, à qui on a martelé depuis sa plus tendre enfance des formules doctrinaires du type « la France est une et indivisible », l’autonomisme renvoie au séparatisme. Il mettrait donc en péril l’intégrité de la mère patrie, et ainsi, par métonymie, l’intégrité de l’individu, puisque cette « maman » ne peut être « indivisible ». L’affectif est ici bien plus sollicité que la raison. Ce raccourci entre « autonomisme » et « séparatisme destructeur de cohésion nationale » est ainsi lié à des préjugés qui résultent d’une acculturation lente d’une certaine mythologie nationale, c’est-à-dire nationalisante, se voulant ouvertement frein à toute variété culturelle et/ou linguistique en son sein ! On est donc très loin du « bunt ist schön »* et du « tous égaux, tous différents »… Uniformisation n’est pas unité (dans la diversité), nous (êtres humains) ne sommes pas des produits standardisés destinés à pouvoir être commercialisés dans n’importe quel pays…

En outre, se rajoute à ce filtre une méconnaissance (souvent totale) de la notion. Qu’est-ce que l’autonomisme exactement ? Dans l’article « Un autonomisme aux nombreux visages », paru dans le n° 195 de l’excellente revue Land un Sproch – les cahiers du bilinguisme, on explique que « le développement des statuts d’autonomie est l’expression de nouveaux besoins :     • face à un processus croissant d’uniformisation des conditions économiques et des modes de vie, un contrepoids est recherché dans une meilleure protection et de mise en valeur des particularités locales.      • Il s’agit aussi de renforcer la démocratie au plan régional en évitant la concentration des décisions dans la capitale et en diversifiant l’expression citoyenne grâce à l’existence de partis régionaux.          Il se fait jour une autre conception de l’État qui tend à ce que ce dernier conserve une neutralité culturelle pour laisser ses composantes développer leurs spécificités dans le respect d’un certain nombre de valeurs communes […]. »

L’autonomie ne consiste donc pas à faire sécession, à réclamer l’indépendance, ou à rejeter le pays dont on fait partie. Il s’agit simplement de déléguer un certain nombre de pouvoirs non régaliens (culture, éducation, politique linguistique…) à une entité politique proche de ses citoyens, et en phase (culturellement…) avec eux. C’est le principe de subsidiarité. Autrement dit, une autre façon de faire vivre réellement la démocratie au plus proche des individus, à l’échelle d’institutions représentatives du peuple dans lesquelles ce dernier peut se reconnaitre,

La mondialisation dans sa forme négative, à savoir l’uniformité (cf. La citation du jour : universalité vs uniformité), ne peut être qu’appauvrissement : des objets de consommation standardisés, sans âme, traversent la moitié de la planète pour pouvoir être vendus n’importe où – pollution et abrutissement par la consommation irréfléchie ; la politique des transports ferroviaires français donne la priorité aux grands axes ayant pour point central la capitale, au détriment des trains régionaux – priorité donnée à la vitesse parisienne plutôt qu’aux déplacements locaux éloignés de la capitale, aux liens entre individus proches géographiquement ; les régions existantes, dont un certain nombre coïncidait avec des communautés culturelles géographiquement, historiquement déjà formées, existantes, vont être supprimées au détriment d’entités administratives beaucoup plus grandes, encore plus éloignées du quotidien d’un individu – absence de sens, de cohésion culturelle, de proximité démocratique ; etc.

L’autonomisme qui, on l’espère, va être évoqué par les médias lors des campagnes électorales, n’est qu’une proposition constructive d’un nouveau modèle de fonctionnement démocratique, afin de renouveler un système qui ne fonctionne plus depuis fort longtemps. Il s’agit peut-être d’un véritable enjeu dans la sauvegarde de l’idéal démocratique, si tant est qu’il soit un jour applicable… Il n’est qu’une proposition constructive d’appuyer fortement le système démocratique non plus sur des normes uniformisantes, mais sur de l’humain, dans toutes ses diversités, culturelles, linguistiques, locales (= à taille humaine… nous ne sommes que des êtres humains…)…

* bunt ist schön : slogan anti-raciste allemand des années 90, signifiant « le multicolore (la variété), c’est chouette (beau) ». [ En français, ça sonne forcément moins bien, mais on comprend l’idée]

 

Il reste donc deux étapes à franchir, avant de rentrer en résistance, en janvier 2016, pour la défense de ces idéaux… :

  • les manifestations de samedi (24 octobre 2015) pour réclamer un véritable statut pour les langues régionales de France !

  • Les élections de décembre, pour tenter d’empêcher, une ultime fois, la création d’une méga-région sans âme, la fin de l’Alsace…

La citation du jour : universalité vs uniformité

« Car la mondialisation nous entraine, d’un même mouvement, vers deux réalités opposées, l’une à mes yeux bienvenue, l’autre malvenue, à savoir l’universalité et l’uniformité. »

A. Maalouf, Les identités meurtrières

Réclamer un vrai statut pour les langues régionales en France, et une place à part entière dans leur zone d’expression, c’est refuser le rouleau compresseur de l’uniformité (linguistique) au profit de valeurs universelles transparaissant dans leurs différentes manifestations langagières.

La citation du jour : « Je suis ma langue »

« « Je suis ma langue. » Pas plus, mais pas moins. Et je dis que dans cette langue, on perçoit le voisinage des Romains, des Perses et tant d’autres peuples. »

Mahmoud Darwich, La Palestine comme métaphore

Ich bìn mini Sproch…

La citation du jour : être Alsacien

« Être Alsacien, c’est se considérer comme objet d’une discrimination en raison de la non-reconnaissance de toutes les parts de l’identité alsacienne et de la non-transmission de toutes les langues, de toutes les histoires et de toutes les cultures d’Alsace par la collectivité, et en conséquence, c’est agir pour mettre fin à toutes les néantisations et à tous les dénis. »

Pierre Klein, Comment peut-on être Alsacien, éd. Salde, p. 89

Alors agissons, à tous niveaux – blog, action politique, débat d’idées, associations, lectures, élections, parole quotidienne, usage quotidien de notre première langue (alsacien) -, etc. Comme le disait Bertolt Brecht :

Wer kämpft, kann verlieren. Wer nicht kämpft, hat schon verloren.

La France, une exception monolingue… une aberration.

L’émission « Escale » de la Radio des Nations Unies du 31 juillet 2015 a reçu comme invité Thierry Kranzer, Attaché de presse de l’ONU et auteur du livre Langues régionales au bord du gouffre. Il est Alsacien et rappelle avec sobriété la dure réalité de l’état des langues régionales en France, en regard de ce qui se passe ailleurs, dans tous les pays européens :

« Il n’y a aujourd’hui aucune loi – aucune loi – sur la diversité linguistique en France. Nous sommes le seul pays officiellement monolingue du monde occidental, en tout cas le seul pays qui dans ses institutions privilégie l’existence d’une langue unique sans se référer aux autres langues existant sur le territoire. Le seul au monde occidental. »

Or, les huit langues régionales de France sont toutes des langues transfrontalières,  nationales, ou officielles dans nos pays voisins : le flamand en Belgique, l’alémanique (dont fait partie l’alsacien) en Suisse, le catalan en Espagne, etc.

Quel gâchis ! E Schànd !

A écouter donc, cela dure 15 petites minutes, mais on peut se contenter de la première moitié, si on est vraiment pressé :     Escale – Radio des Nations Unies