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Kan bale an ARB, Glenmor

« Mais lorsqu’il y a un géant qui vous écrase le pied pendant une demi-heure, le fait même que vous réagissiez, que vous vous en débarrassiez, ce n’est pas de la violence, c’est de la contre-violence, c’est de l’auto-défense. » Glenmor, 26 juin 1982.

Un mìr ? Wàs wìlle mìr ? Wie làng noch wìlle mìr so widdersch màche ?

Worauf warten wir ?

Dàs es züe spät wìrd… ?

Oder ìsch es schon züe spät…

Ùn wàs jetzt ? : Weder Faschismus… noch Liberalismus !

Préliminaire pour les francophones (monolingues) :

Traduction du titre : « Et maintenant ? : ni fascisme… ni libéralisme ! » . « Nie wieder Faschismus » fait référence à un célèbre slogan antifasciste bien connu outre-Rhin…

En ce lendemain d’élections (premier tour de la présidentielle de 2017), c’est reparti pour le scénario de 2002. On nous refait le coup du « pacte républicain »… alors que nous avons le choix entre Macron et Le Pen ! Où est la république ici ?! Ce mot vient du latin « res publica », la « chose publique », autrement dit ce qui concerne la collectivité, ce qui concerne tout le monde, tout un chacun…

Inutile de revenir ici sur ce qu’est le Front national, un parti populiste (qui séduit le peuple en se référant exclusivement aux aspirations de base de ce dernier, dictées par la société de consommation, par le capitalisme…), d’extrême droite (raciste, autoritariste…). Un parti capitaliste et dont la vision du monde se réduit à… pas grand chose ! Si vous n’en êtes pas convaincus, passez votre chemin, je ne suis pas là pour vous convaincre. Et pour les Alsaciens qui ne l’auraient toujours pas compris (et pourtant ils sont bien nombreux – seuls quatre communes alsaciennes ont voté à gauche, quatre ! Zuem Glìck bìn ich von Schìlige/heureusement je suis de Schiltigheim – pour le reste, c’est en gros droite pour les zones urbaines, et extrême droite pour les zones rurales), le FN est profondément jacobin, et ne tolère aucune différence au sein de sa France, aucune tête ne doit dépasser : les cadres du parti voient d’un très mauvais oeil qu’une autre langue soit parlée en Alsace dans leurs rangs, l’alsacien ne sera jamais toléré par eux… enfin… encore moins que ce ne fut le cas jusqu’à présent, et c’est pour dire à quel point… !

Et Macron ? Un néo-libéral, un « banquier d’affaires » qui se cache derrière de belles étiquettes, mais qui ne prône pas grand chose de différent de son homologue féminin… Un énarque bien loin du Peuple, bien loin… Il veut baisser les dépenses publiques de « 60 milliards » : que va-t-il réduire, l’éducation, la culture, la santé et le social, ce qui fait le ciment d’une république ?! Ou bien le militaire, le violent, la haine ? Son choix est fait, avec « 10000 policiers et gendarmes supplémentaires » et « un service national universel », ce n’est pas là que se feront les économies… Et pourtant il veut faire « plus pour notre santé », mais comment ? Voudrait-il par hasard mettre en place la loi Tobin, et aller enfin ponctionner l’argent où il se trouve, chez les actionnaires et transactions boursières qui ne se préoccupent pas une seule seconde des aspirations du Peuple ? Cela m’étonnerait fort… Il surfe lui aussi sur le populisme, en promettant de restaurer « la fierté d’être français » et en relançant « une Europe protectrice » : « 5000 garde-frontières supplémentaires » ! Ma foi, nous n’en sommes qu’au début du réchauffement climatique, et les flux migratoires qui s’amorcent à peine sont franche rigolade à l’égard de ce qui va se passer avec les réfugiés climatiques à venir !

« Un fondement essentiel de toute éthique a été la règle d’or ou principe de réciprocité : traite les autres comme tu voudrais être traité. Mais la règle d’or ne peut plus avoir simplement une dimension horizontale, à savoir un « nous » et « les autres ». Nous commençons à nous rendre compte que le principe de réciprocité a aussi une dimension verticale : traite la génération suivante comme tu aurais voulu que la génération précédente te traite », Jostein Gaarder, L’héritage d’Anna.

Bref, il joue sur nos peurs, sur la peur de perdre notre sacro-saint confort…

Et l’Alsace dans tout ça ? Il veut « faire réussir nos territoires ». Chouette ! Mais qu’entend-il réellement par là ? : « Couverture en très haut débit et en 4G de tout le territoire d’ici 2022 » !?! Ainsi donc, pour « faire réussir nos territoires », il suffirait que tous « les gens qui sont nés quelque part » (Brassens) se contentent de pouvoir surfer sur leurs smartphones derniers cris grâce à la 4G généralisée !!! C’en est trop ! Nous ne sommes pas des abrutis écervelés qui n’ont pour seul objectif que de pouvoir vivre tête baissée, les yeux rivés sur les écrans de nos téléphones portables !

Alors certes, une fois de plus, je vais sembler avoir 28 ans de retard, mais il faudrait peut-être arrêter de nous prendre pour des cons (avec toutes mes excuses) : « Wir sind das Volk » ! « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk »* ! , etc.

* Traduction : « Nous sommes le peuple » : 1989…

Alors non ! Nous, Alsaciens, qui avons la chance inouïe d’être bilingues de naissances, qui sommes un lien entre les cultures et les peuples, nous ne pouvons nous réduire à de telles simplifications et à de telles inepties réductrices !

Et pourtant, aujourd’hui, j’aimerais très exceptionnellement être de Dordogne, d’Ariège ou de Seine-Saint-Denis…

Wir sind das Volk ! Mìr sìnn e Volk !

Ainsi donc, on ne nous refera pas le coup de 2002, on ne rejouera pas avec des peurs déplacées : oui, cette fois-ci, nous serons réellement autour de 80% contre la barbarie, nous serons autour de 80% à rejeter l’horreur, quelle que soit la forme qu’elle prendra : ni Le Pen, ni ses idées – ni patrie, ni patron : ni Le Pen, ni Macron !

VOTE BLANC !

P.S. : Vous l’aurez compris, il s’agit là d’un billet d’humeur. Avec toutes mes excuses… Mais on peut être à la fois alsacien et de gauche !

Les manifestations : derniers sursauts d’une minorité d’agités ou début d’un renouveau constructif ?

Une nouvelle manifestation contre la création d’une grande région est s’est tenue aujourd’hui à Strasbourg.  Après Colmar, puis Mulhouse. Les médias régionaux, mais également nationaux, commencent à couvrir ces évènements. Habitant loin de l’Alsace, je me tiens principalement informé par le médium technologique qu’est internet. A force de chercher des informations, sans pour autant avoir fait une analyse précise du phénomène, il me semble que, globalement, les articles ont tendance à marginaliser la mouvance par l’emploi d’un lexique et/ou de quelques informations anodines, mais qui orientent fortement la lecture par leur forte charge péjorative implicite. On cite souvent le parti autonomiste Unser Land. Les journalistes tentent également de faire le tour des organisateurs, et citent souvent la présence de « l’extrême droite », dès fois même juste après avoir évoqué Unser Land.

Tout d’abord, l’extrême droite est quasiment absente des ces manifestations, ou alors très fortement minoritaire. Heureusement !

Il faut savoir, ensuite, que ces manifestations sont d’abord et avant tout le résultat d’une très forte mobilisation citoyenne sur les réseaux sociaux. Plusieurs collectifs en sont à l’origine. Je ne peux les citer tous ici, ni donner les adresses exactes, puisque n’utilisant moi-même pas du tout ce genre d’outils. Mais plusieurs sont d’accès libre, pas besoin d’avoir un compte, et cela permet de se faire une très bonne idée de l’ampleur du phénomène. On peut citer les collectifs Alsaciens réunis, Elsassland, etc.

Deux autres associations culturelles apolitiques d’importance ont appelé à manifester :

Culture et bilinguisme d’Alsace et de Moselle – René Schickele Gesellschaft

Initiative Citoyenne Alsacienne

Les appels émanent donc de regroupements d’individus (réseaux sociaux) ou d’associations culturelles structurées totalement apolitiques.

Le seul parti politique soutenant depuis le début la contestation est :

Unser Land

Certes, ils sont autonomistes et parfois virulents, mais il est quand même à remarquer que c’est la première fois depuis plusieurs décennies qu’émerge un parti en Alsace, défendant l’identité locale, qui ne soit pas d’extrême droite ! Fi du FN et de « Alsace d’abord » qui ont sali la revendication culturelle en Alsace !  Unser Land est politiquement plutôt au centre, à tendances écologistes diront certains, plutôt démocrate-chrétiens, disent-ils eux-mêmes. Bien trop à droite à mon gout, mais ce recentrage est suffisamment signifiant pour être relevé, c’est le signe d’une évolution notable dans la société alsacienne : il n’est plus honteux de dire : « je suis alsacien », ce n’est plus l’expression d’une dérive extrémiste, mais le résultat d’une prise de conscience de la réalité et de la complexité de l’identité alsacienne.

Lors des débats en troisième lecture à l’Assemblée nationale, où quelques élus alsaciens ont tenté une dernière fois de défendre leur région, un élu PS alsacien dont j’ai malheureusement oublié le nom, a fortement dénigré les manifestations précédentes en stigmatisant Unser Land, qui d’après lui était le principal instigateur de ces agitations. De ce fait, il a surtout étalé sa méconnaissance, ou son désintérêt, de l’histoire spécifique des particularités politiques de la région d’une part, et nié l’élan citoyen en cours en le rabaissant à l’agitation d’un parti qualifié exagérément d’extrémiste, d’autre part.

Alors non, ce ne sont pas quelques agitateurs extrémistes qui se replient sur eux-mêmes, mais l’expression d’une conscience forte d’une population qui commence à se dire : en fait, parler alsacien, ce n’est pas honteux… Ou pour citer l’appel de l’ICA : « Nous ne manifestons pas pour la survie de l’Alsace d’hier, mais pour la construction de l’Alsace de demain.«