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Minority SafePack – Initiative citoyenne européenne

Plus que quelques jours avant d’arriver à l’échéance de cette initiative citoyenne européenne : il s’agit de faire une proposition de loi à la Commission européenne, mais pour cela il faut atteindre un million de signataires avant… le 3 avril !

https://ec.europa.eu/citizens-initiative/32/public/#/

 

Testament électronique

Dìs wär’s…

La langue de communication en Alsace a été l’allemand (dans ses variantes dialectales), depuis belle lurette. A été.

Après avoir fait partie pendant plusieurs siècles du Saint Empire Romain Germanique (Heiliges Römisches Reich Deutscher Nation), l’Alsace passe au royaume de France au XVIIe siècle, mais garde quand même grosso modo ses particularités linguistiques jusqu’à la fin du XIXe siècle. Puis commence le va-et-vient entre la France et l’Allemagne. Allemande de 1870 à 1918 ; française de 1918 à 1940 ; allemande de 1940 à 1945 ; française depuis 1945. À chaque fois, à partir de 1870, cela entraina systématiquement des changements plus ou moins violents de langue officielle. À savoir quand même, là où les allemands toléraient par exemple l’usage du français pour les communes francophones d’Alsace, les français ne firent jamais preuve d’une telle tolérance pour toutes les autres communes non-francophones ! Au cours du chaotique XIXe siècle, les différentes variantes de l’allemand continuèrent néanmoins à rester langue de communication. Et puis arriva le traumatisme du nazisme, la mise au pas nazie, l’incorporation de force (les Malgré-nous), l’épuration , et la « répression » de l’État français par la suite : tout ce qui était systématiquement associé à l’« ennemi » était systématiquement dévalorisé et combattu, à commencer par la langue. La culpabilité prit naissance, « c’est chic de parler français », et on commença de ne plus transmettre la langue dans la deuxième partie du XXe siècle. C’est un résumé un peu simplificateur, forcément. Pour approfondir le sujet, consulter l’excellent ouvrage collectif : Histoire de la langue d’Alsace, que l’on peut trouver auprès des co-éditeurs, le réseau CANOPE de Strasbourg, ex-CRDP (espace de documentation et de ressource de l’Éducation Nationale, bien connu des enseignants), ou la maison d’édition La salde.

« Durant la décennie 1945-1955, 90% de la population était constituée de germanophones natifs, 15% de bilingues à dominante germanophone et 10% de francophones natifs. » (ibid. p.174). Alors qu’en 1946 « 91% des Alsaciens parlent le dialecte » (ibid. p. 192), en 1979 ils ne sont déjà plus que 75%. D’après l’OLCA (Office pour la Langue et la Culture d’Alsace – Elsassisches Sprochàmt), en 2012 il n’y a guère plus que 43% de personnes qui se déclarent dialectophones, et, surtout, ils ne seraient que 3% chez les 3-17 ans !

3% !

Dans une thèse de 1995 sur « la pratique du dialecte alsacien et l’identité culturelle chez l’adolescent« , François Rosenblatt conclut de façon suivante : « pour les nouvelles générations on ne peut plus parler de diglossie alsacienne » (revue Land un Sproch n° 200, décembre 2016).  Par « diglossie », on entend globalement une situation linguistique pour une communauté donnée dans laquelle deux langues sont utilisées, l’une étant plus valorisée que l’autre. C’est le cas du bilinguisme en Alsace à l’heure actuelle (pour les dialectophones) : l’alsacien pour la maison, l’intime, et le français pour l’extérieur, le public, le français étant largement survalorisé.

Encore faut-il se trouver dans une situation de bilinguisme pour pouvoir parler de diglossie… Or : 3%. À l’heure actuelle, il ne s’agit donc plus tellement de défendre le bilinguisme, mais peut-être davantage de le … relancer, redévelopper ! Dans le numéro 200 de la revue Land un Sproch, Jean-Marie Woehrling fait des constats amers : « Les richesses de Land un Sproch n’ont irrigué qu’un tout petit public et n’ont jamais su trouver l’audience méritée. […] Mais, c’est aussi, la léthargie intellectuelle de notre région, son incapacité de jeter un regard décomplexé sur la situation particulière de ce territoire, le conformisme franchouillard, qui ont rendu inaudible le message de la revue. » (p.9). Cette revue est l’outil de communication de l’excellente association « Culture et Bilinguisme d’Alsace et de Moselle« . Cette association historique rassemble des intellectuels qui sont au sommet du combat pour la défense de la langue et des particularités alsaciennes, association dont les différents membres et contributeurs publient régulièrement des ouvrages essentiels, interpellent les politiques de façon constructive, organisent des colloques, etc.

Mais leurs idées, fondamentalement progressistes, n’ont jamais trouvé écho au sein de la population alsacienne… L’Alsace rurale, celle où le dialecte est encore le plus vivace, place le FN en tête au premier tour des élections présidentielles de 2017. Être replié sur soi ne mène jamais qu’à… l’autodestruction. Ainsi soit-il.

Toutes les initiatives actuelles (largement relayées dans ces pages ces derniers temps) vont dans le bon sens : crèches en immersion, colonies dialectophones, créations artistiques en langue dialectale, enseignement bilingue, propositions politiques, etc. Mais si elles ne sont pas relayées, encouragées et soutenues par l’administration et, surtout, les médias (ainsi le veut notre époque), elles ne réussiront pas à se développer réellement, et surtout ne réussiront pas à prendre pied dans les mentalités, à gagner concrètement la population.

Constats amers.

Je laisse le combat à ceux qui sont sur place, à ceux qui sont compétents, en me contentant de leur donner visibilité.

Les contributions de ce blog n’apportent rien à l’amélioration de la situation linguistique. Elles ne font que se perdre dans l’océan sans fin des innombrables bouteilles à la mer, ses consœurs de misère, jetées sur la toile d’un clic de souris rapide et inconséquent.

Et si je croise mon semblable… dànn wìrd weder àlles guet – fuer e Paar Minüte – solàng mìr mìtnànder redde…*

 

  • Traduction : « … alors tout ira à nouveau bien – pour quelques minutes – le temps de parler ensemble… »

Ùn wàs jetzt ? : Weder Faschismus… noch Liberalismus !

Préliminaire pour les francophones (monolingues) :

Traduction du titre : « Et maintenant ? : ni fascisme… ni libéralisme ! » . « Nie wieder Faschismus » fait référence à un célèbre slogan antifasciste bien connu outre-Rhin…

En ce lendemain d’élections (premier tour de la présidentielle de 2017), c’est reparti pour le scénario de 2002. On nous refait le coup du « pacte républicain »… alors que nous avons le choix entre Macron et Le Pen ! Où est la république ici ?! Ce mot vient du latin « res publica », la « chose publique », autrement dit ce qui concerne la collectivité, ce qui concerne tout le monde, tout un chacun…

Inutile de revenir ici sur ce qu’est le Front national, un parti populiste (qui séduit le peuple en se référant exclusivement aux aspirations de base de ce dernier, dictées par la société de consommation, par le capitalisme…), d’extrême droite (raciste, autoritariste…). Un parti capitaliste et dont la vision du monde se réduit à… pas grand chose ! Si vous n’en êtes pas convaincus, passez votre chemin, je ne suis pas là pour vous convaincre. Et pour les Alsaciens qui ne l’auraient toujours pas compris (et pourtant ils sont bien nombreux – seuls quatre communes alsaciennes ont voté à gauche, quatre ! Zuem Glìck bìn ich von Schìlige/heureusement je suis de Schiltigheim – pour le reste, c’est en gros droite pour les zones urbaines, et extrême droite pour les zones rurales), le FN est profondément jacobin, et ne tolère aucune différence au sein de sa France, aucune tête ne doit dépasser : les cadres du parti voient d’un très mauvais oeil qu’une autre langue soit parlée en Alsace dans leurs rangs, l’alsacien ne sera jamais toléré par eux… enfin… encore moins que ce ne fut le cas jusqu’à présent, et c’est pour dire à quel point… !

Et Macron ? Un néo-libéral, un « banquier d’affaires » qui se cache derrière de belles étiquettes, mais qui ne prône pas grand chose de différent de son homologue féminin… Un énarque bien loin du Peuple, bien loin… Il veut baisser les dépenses publiques de « 60 milliards » : que va-t-il réduire, l’éducation, la culture, la santé et le social, ce qui fait le ciment d’une république ?! Ou bien le militaire, le violent, la haine ? Son choix est fait, avec « 10000 policiers et gendarmes supplémentaires » et « un service national universel », ce n’est pas là que se feront les économies… Et pourtant il veut faire « plus pour notre santé », mais comment ? Voudrait-il par hasard mettre en place la loi Tobin, et aller enfin ponctionner l’argent où il se trouve, chez les actionnaires et transactions boursières qui ne se préoccupent pas une seule seconde des aspirations du Peuple ? Cela m’étonnerait fort… Il surfe lui aussi sur le populisme, en promettant de restaurer « la fierté d’être français » et en relançant « une Europe protectrice » : « 5000 garde-frontières supplémentaires » ! Ma foi, nous n’en sommes qu’au début du réchauffement climatique, et les flux migratoires qui s’amorcent à peine sont franche rigolade à l’égard de ce qui va se passer avec les réfugiés climatiques à venir !

« Un fondement essentiel de toute éthique a été la règle d’or ou principe de réciprocité : traite les autres comme tu voudrais être traité. Mais la règle d’or ne peut plus avoir simplement une dimension horizontale, à savoir un « nous » et « les autres ». Nous commençons à nous rendre compte que le principe de réciprocité a aussi une dimension verticale : traite la génération suivante comme tu aurais voulu que la génération précédente te traite », Jostein Gaarder, L’héritage d’Anna.

Bref, il joue sur nos peurs, sur la peur de perdre notre sacro-saint confort…

Et l’Alsace dans tout ça ? Il veut « faire réussir nos territoires ». Chouette ! Mais qu’entend-il réellement par là ? : « Couverture en très haut débit et en 4G de tout le territoire d’ici 2022 » !?! Ainsi donc, pour « faire réussir nos territoires », il suffirait que tous « les gens qui sont nés quelque part » (Brassens) se contentent de pouvoir surfer sur leurs smartphones derniers cris grâce à la 4G généralisée !!! C’en est trop ! Nous ne sommes pas des abrutis écervelés qui n’ont pour seul objectif que de pouvoir vivre tête baissée, les yeux rivés sur les écrans de nos téléphones portables !

Alors certes, une fois de plus, je vais sembler avoir 28 ans de retard, mais il faudrait peut-être arrêter de nous prendre pour des cons (avec toutes mes excuses) : « Wir sind das Volk » ! « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk » !  « Wir sind das Volk »* ! , etc.

* Traduction : « Nous sommes le peuple » : 1989…

Alors non ! Nous, Alsaciens, qui avons la chance inouïe d’être bilingues de naissances, qui sommes un lien entre les cultures et les peuples, nous ne pouvons nous réduire à de telles simplifications et à de telles inepties réductrices !

Et pourtant, aujourd’hui, j’aimerais très exceptionnellement être de Dordogne, d’Ariège ou de Seine-Saint-Denis…

Wir sind das Volk ! Mìr sìnn e Volk !

Ainsi donc, on ne nous refera pas le coup de 2002, on ne rejouera pas avec des peurs déplacées : oui, cette fois-ci, nous serons réellement autour de 80% contre la barbarie, nous serons autour de 80% à rejeter l’horreur, quelle que soit la forme qu’elle prendra : ni Le Pen, ni ses idées – ni patrie, ni patron : ni Le Pen, ni Macron !

VOTE BLANC !

P.S. : Vous l’aurez compris, il s’agit là d’un billet d’humeur. Avec toutes mes excuses… Mais on peut être à la fois alsacien et de gauche !

La citation du jour : Langue et toponymes

« Une population ne vit pas sans attaches. Elle a façonné le paysage avec sa langue, sa vision du monde, sa culture, en donnant des noms aux lieux, aux collines, aux montagnes, aux portions de plaine, aux forêts, aux rivières. Les toponymes sont tous chargés de sens et forment le noyau dur d’une langue. Même s’ils évoluent, ils conservent une signification, un sens qui dépasse la durée d’une génération. Ils permettent de ne pas rompre la chaine des générations, ils nous mettent en relation avec ceux qui nous ont précédés. La connaissance des toponymes est un moyen de promouvoir un patromoine linguistique vivant, de surmonter le sentiment de déracinement, celui d’être de nulle part. »

Histoire de la langue régionale d’Alsace, p. 49,  R. Greib, J.-M. Nierdermeyer & F. Schaffner, Editions CRDP Strasbourg et SALDE.

Ragnarök

Le ragnarök, dans la mythologie nordique, désigne ce qui est communément connu sous le terme de « crépuscule des dieux » (ragna rokkr), ou « destin fatal, fin des dieux » (ragna rok). D’après le dictionnaire Mythes & mythologies, de Larousse, « les Germains ne croyaient pas à l’éternité du monde, ni même à celle des dieux » (p.325). Lors du Ragnarök, tous les dieux, les humains, les géants, le loup Fenrir, le grand serpent de Midgard, etc., tous s’entretueront, les mers recouvriront tout, et ce sera la fin de ce monde.

Mais, ce n’est pas la fin de tout, un nouveau monde renaitra ensuite, avec de nouveaux dieux…

Si l’on s’accorde avec Mahmoud Darwich, pour dire que « je suis ma langue. Pas plus, mais pas moins », alors on pose effectivement comme postulat que la langue est un élément fondamental de l’identité. Ce n’est pas le seul, certes, il suffit de parcourir le riche dernier numéro de la revue Land un Sproch – les cahiers du bilinguisme, qui est consacré à l’identité alsacienne, et à ce que signifie « être Alsacien aujourd’hui », pour s’en rendre compte. La maitrise d’une langue commune est néanmoins fondamentale, cela permet de se comprendre, d’échanger, d’exprimer des pensées, des réflexions, de se reconnaître : l’alsacien forme communauté en Alsace. Formait… ?

Or, seuls 3 % des enfants alsaciens parlent encore la langue. Thor a déjà succombé au venin du serpent. Tyr est le dernier à être encore debout. 3 %. La fin est imminente. Les étoiles sont sur le point de s’effondrer, les mers et les fleuves de déborder, pour engloutir et recouvrir les derniers résistants à la «langue» unique… La mondialisation économique, à travers le libéralisme, n’a pour seul objectif que de faire consommer tout le monde la même chose. Et pour avoir envie des mêmes biens matériels, il faut bien qu’on soit tous « identiques », alors chassez-moi ces langues que je ne saurais voir, qui pourraient cacher des différences culturelles, d’autres façons d’entrevoir le monde !

Comment peut-on encore sauver une langue avec si peu de locuteurs ?!? Thierry Kranzer, à l’origine du FILAL, en phase avec des travaux linguistiques sérieux, prétend que c’est encore possible. Il faudrait pour cela un enseignement massif en immersion, et, donc, une volonté politique forte : cette volonté politique n’existe pas ; ou reste encore à susciter ! Peut-être qu’une action populaire radicale apporterait une quelconque inflexion politique… mais la posture révolutionnaire ne participe pas de l’habitus du peuple alsacien…

Il existe nombre d’initiatives au service de la langue régionale. Le festival Summerlied en est une. Il se tient tous les deux ans à Ohlungen, petite commune du nord de l’Alsace. C’est certes un festival musical classique, qui propose un programmation éclectique, avec des artistes variés de renommée nationale et internationale, mais c’est aussi un festival qui cherche à promouvoir, défendre, faire (re)connaître la langue alsacienne. Les artistes alsaciens chantant en langue alsacienne (peu ou prou) sont bien représentés, avec deux journées complètes leur étant particulièrement dévolues. Une variété d’animations et de programmations sont proposés : lectures de textes littéraires alsaciens, contes en alsacien, présence des principaux éditeurs et acteurs culturels du bilinguisme, etc.

Or…

Sur la route vers Ohlungen, en traversant nombre de villages alsaciens, on remarque qu’une grande majorité des panneaux présentent un ruban noir, ou un autocollant revendicatif « Alsace unie », ou encore une sorte d’addendum au nom du village dans lequel on pénètre : « im Elsass », en Alsace ! La conscience de la problématique alsacienne semble bien présente sur le territoire. Et pourtant, quand je produis des énoncés en alsacien à des interlocuteurs que je suis sûr être dialectophones, on me répond trois fois sur quatre en français ! On ne se connaît pas. La langue est définitivement reléguée aux échanges familiaux ! Même au festival, je me suis vu répondre en français…

Le samedi 13 août 2016 était censé être le « Elsässer Daa », d’après le présentateur Pierre Nuss (la journée alsacienne). Robert-Frank Jacobi et René Egles, véritables troubadours de la langue, sont programmés dans l’après-midi. Surement trop confidentiels, ou trop engagés pour le « grand public » plus nombreux du soir. Le soir sont prévus Leopoldine HH, Matskat et les strasbourgeois Weepers circus. Bien que ces derniers soient d’excellents musiciens, le chanteur ne parle pas un mot de la langue, contrairement à Leopoldine, et surtout Matskat, qui nous a fait l’honneur de chanter deux chansons en alsacien.

Deux !

Formidable « elsässer Daa » !

Le poète Yves Rudio a lu quelques-uns de ses textes le même jour sur la Scène Poétique Patrick Peter. Nous n’étions pas très nombreux. Sur les quatre parois de cet espace scénique, des affichettes présentant les grands auteurs de l’espace alsacien, dont Sebastian Brant, né à Strasbourg au XVe siècle, auteur du très célèbre Narrenschiff, best-seller de l’époque humaniste, La nef des fous. Dans « Langue et culture régionale », cahier n°6, Raymond Matzen écrit à propos de l’auteur du Narrenschiff que « s’il condamne avec rigueur tous les défauts des hommes, c’est dans l’espoir de pouvoir les aider à se corriger. Il veut que sa galerie de fous soit un « miroir » dans lequel tout un chacun pourra en partie se reconnaître et, dès lors, s’amender, se redresser. »

Alors que Yves Rudio était en train de déclamer l’un de ses textes nommé « S’Nàrreschìff », dont l’intertextualité est claire, l’affichette de Sebastian Brant s’est subitement détachée, est tombée à terre. À ce moment-là. Justement…

Le poète continua sa lecture sans sourciller.

Hasard ? Présage ?

Peu importe. Fuir ne fait pas partie des possibles. Nous n’avons pas le choix : Terminer le combat entamé, jusqu’au crépuscule, tant que nous y voyons clair, tant que nous entendons clair…

Parler notre langue jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’autre oreille debout pour la comprendre.

Ùn wer weiss, villicht…

Pétition pour des crèches et écoles en immersion complète en alsacien

Cette pétition a été lancée par Thierry Kranzer, du FILAL.

En voici le texte de présentation :

« 25 départements français (1 sur 4) disposent de maternelles en immersion complète en langue régionale (basque, catalan, breton, occitan). 10 000 élèves de primaire bénéficient aujourd’hui de cet enseignement immersif en France. L’Alsace a encore une révolution linguistique de retard, alors que sa langue régionale est celle des puissantes économies voisines (Pays de Bade, Suisse alémanique). Alors que l’enfant ne passe que 1000 heures par an à l’école sur 4000 heures durant lesquelles il est éveillé, l’immersion complète à l’école est le seul moyen de parvenir à un bon équilibre linguistique à la fin de la maternelle, dans une société où tout se passe en français (rue, TV, copains). D’ailleurs, un rapport du Conseil économique et social des Nations Unies de 2005 démontrent que partout où il y a une langue minoritaire, la qualité de l’éducation à la fin du primaire est proportionnelle au taux d’immersion dès la maternelle en langue minoritaire. La politique linguistique est une science exacte et l’immersion –  là où elle est pratiquée (Canada francophone, Pays Basque, Pays de Galle, Hawaï) – a permis d’augmenter drastiquement le pourcentage de locuteurs de moins de 20 ans. Si nous voulons augmenter le % de locuteurs de moins de 20 ans en Alsace, il faut passer par l’immersion. Màcha met. UNTESCHRIEWA JETZA »

Et voici le lien pour la pétition :

NOUS VOULONS DES CRÈCHES ET ÉCOLES EN IMMERSION COMPLÈTE EN ALSACIEN ! JA MER WANN!

 

Je suis de nulle part !

Dans le très sérieux Süddeutsche Zeitung du lundi 18 juillet, après cinq pages, dans le premier cahier, sur les évènements turcs, un article intitulé « Gift für alle » (Poison pour tous) traite de l’attentat de Nice, « à chaud », pour ainsi dire. La journaliste a élaboré son analyse à partir de simples relevés de témoignages sur la Promenade des Anglais. Sauf que, contrairement à ce que l’on voit bien trop souvent dans beaucoup de journaux télévisés, il ne s’agit pas de simples témoignages jetés tels quels en pâture aux yeux et aux oreilles de téléspectateurs déstabilisés par l’affect, mais bel et bien d’une réflexion journalistique.

Alors qu’on se déchire par ici sur des problèmes stériles ultra sécuritaires, purement répressifs, de restriction des libertés, etc. on pouvait y lire des remarques pleines de bon sens, tels que : « Der Terror verwandelt die Menschen schleichend in Paranoide, in Rassisten, schliesslich in Feinde. Er schafft die Angst und das Chaos, die die Terroristen zum übergrossen Bösen anwachsen lassen, zu einer finsteren Macht, der man alles zutraut » (La terreur transforme sournoisement les gens en paranoïdes, en racistes, et finalement en ennemis. La peur et le chaos, grossis par les terroristes jusqu’à devenir le mal suprême, la terreur les transforme en une puissance obscure capable de tout). Et les réactions affectées sur la Promenade, à l’égard des musulmans, des Arabes, et autres étrangers et différents, font dire à l’auteure de l’article que « die 84 Toten von Nizza sind dann nicht mehr einfach die Opfer eines Gestörten. Sie stellen infrage, ob das Zusammenleben in Frankreich funktionniert » (Les 84 morts de Nice ne sont ainsi plus seulement les victimes d’un déséquilibré. Ils posent la question de la possibilité du vivre-ensemble en France).

Derrière la barbarie de l’acte, une autre horreur, celle des réactions, de certaines réactions… Être autre dans ce contexte de terreur généralisée devient de plus en plus difficile, les différences sont de moins en moins tolérées, les actes (verbaux) les plus anodins témoignent quotidiennement d’une absence total de recul, de réflexion… (Petite anecdote au passage : portant la barbe pour des raisons esthétiques, j’ai eu droit bien souvent à des « blagues » déplacées ces derniers temps…)

Autrement dit, il me semble que le contexte global est plus que jamais défavorable aux revendications alsaciennes, aux revendications humanistes de l’alsacianité que les différents acteurs culturels et militants tentent de mettre en évidence. Il devient de plus en plus difficile de faire entendre que la différence, la diversité (linguistique, culturelle, etc.) sont sources de richesse, alors même que « l’opinion publique » française semble restreindre de plus en plus les « critères » de la sacro-sainte unité française. Une et indivisible… Une utopie bien mise à mal par le fractionnement social, d’abord et avant tout.

La situation inter-nationale n’arrange rien à une situation régionale déjà catastrophique. L’enseignement bilingue n’a pas les moyens de ses objectifs, le droit local est menacé, le régime local est en danger, la langue n’est guère plus parlée par les nouvelles générations, la structure administrative et politique qui serait nécessaire pour relancer le processus de sauvegarde n’existe plus, les politiques n’ont globalement jamais eu de volonté forte dans ce domaine, les alsacophones eux-mêmes sont divisés, attentistes, défaitistes… Quant à moi…

Alors aujourd’hui, être alsacien, c’est être de nulle part !

C’est être d’une région qui n’existe (administrativement) plus – c’est avoir pour langue maternelle une langue en voie d’extinction – c’est rêver déjà d’un régime local de sécurité sociale qui n’existera bientôt plus, car n’étant pas déficitaire et ayant pour objectif le bien-être de tous – c’est de n’être jamais chez soi dans un monde qui refoule à tout-va la richesse des différences – c’est ne pas se retrouver dans un pays d’ « accueil », la France, qui fonce tête baissée dans le populisme et la surenchère guerrière – c’est peut-être être bientôt (à nouveau !) stigmatisé, parce que n’étant pas francophone « de souche » – … c’est regarder tout cela avec des yeux éberlués… d’ailleurs…

Alors, merdre, oui !

Je suis de nulle part ! Je suis Alsacien !