Archives pour la catégorie En passant

Minority SafePack – Initiative citoyenne européenne

Plus que quelques jours avant d’arriver à l’échéance de cette initiative citoyenne européenne : il s’agit de faire une proposition de loi à la Commission européenne, mais pour cela il faut atteindre un million de signataires avant… le 3 avril !

https://ec.europa.eu/citizens-initiative/32/public/#/

 

Pétition pour des crèches et écoles en immersion complète en alsacien

Cette pétition a été lancée par Thierry Kranzer, du FILAL.

En voici le texte de présentation :

« 25 départements français (1 sur 4) disposent de maternelles en immersion complète en langue régionale (basque, catalan, breton, occitan). 10 000 élèves de primaire bénéficient aujourd’hui de cet enseignement immersif en France. L’Alsace a encore une révolution linguistique de retard, alors que sa langue régionale est celle des puissantes économies voisines (Pays de Bade, Suisse alémanique). Alors que l’enfant ne passe que 1000 heures par an à l’école sur 4000 heures durant lesquelles il est éveillé, l’immersion complète à l’école est le seul moyen de parvenir à un bon équilibre linguistique à la fin de la maternelle, dans une société où tout se passe en français (rue, TV, copains). D’ailleurs, un rapport du Conseil économique et social des Nations Unies de 2005 démontrent que partout où il y a une langue minoritaire, la qualité de l’éducation à la fin du primaire est proportionnelle au taux d’immersion dès la maternelle en langue minoritaire. La politique linguistique est une science exacte et l’immersion –  là où elle est pratiquée (Canada francophone, Pays Basque, Pays de Galle, Hawaï) – a permis d’augmenter drastiquement le pourcentage de locuteurs de moins de 20 ans. Si nous voulons augmenter le % de locuteurs de moins de 20 ans en Alsace, il faut passer par l’immersion. Màcha met. UNTESCHRIEWA JETZA »

Et voici le lien pour la pétition :

NOUS VOULONS DES CRÈCHES ET ÉCOLES EN IMMERSION COMPLÈTE EN ALSACIEN ! JA MER WANN!

 

« Recentralisation et néonationalisme à tous les étages »

Ce titre est le titre de l’éditorial du numéro 196 de la revue Land un Sproch, que je me permets de restituer intégralement ici. Il est rédigé par Jean-Marie Woehrling, président du Centre Culturel Alsacien et de l’association Culture et Bilinguisme d’Alsace et de Moselle – René Schickele Gesellschaft.

En accord complet avec ce bilan sur l’état actuel de l’Alsace, la France, l’Europe, je n’avais aucun intérêt à rédiger un article supplémentaire sur le sujet alors que cet éditorial le fait très justement, avec sobriété et lucidité. Il rappelle au passage, si besoin était, que les valeurs défendues (par l’association Culture et Bilinguisme d’Alsace et de Moselle, par les néo-autonomistes alsaciens, par bon nombre d’amoureux de la langue alsacienne, par ce blog, etc.) ne flirtent surtout pas avec le repli identitaire régionaliste, mais s’ancrent bien au contraire dans un monde ouvert et mouvant, loin des peurs, constamment attisées, depuis maintenant plusieurs années, à l’origine des néo-natinoalismes évoqués ici, et contre lesquels le régionalisme ouvert, dynamique et humaniste prôné s’élève. Je ne serais personnellement peut-être pas allé jusqu’au paragraphe final, touche d’espoir lié au symbolisme de la période de Noël. Les Allemands surnomment cette fête « das Fest der Liebe » (la fête de l’amour) : ce dont nous manquons peut-être de plus en plus…


«La période actuelle n’est pas réjouissante. Nous vivons une forte régression centralisatrice et nationaliste. La réforme territoriale imposée par le pouvoir parisien dans le mépris total de l’opinion des populations concernées a réduit l’idée régionale à l’état de caricature.

Le démantèlement des dernières émissions en dialecte et la reconcentration des médias publics signent la faillite de la décentralisation. Le poids des partis nationaux, tous obsédés par la seule élection présidentielle, plombe le débat public. Les évènements du 13 décembre servent d’alibi pour le retour d’un nationalisme exacerbé : on prétend regagner des populations marginalisées par l’agitation de drapeaux tricolores. On escompte démontrer la barbarie de nos adversaires en chantant « qu’un sang impur abreuve nos sillons« . L’état d’urgence sert d’alibi à la généralisation  d’un contrôle centralisé. Notre Gouvernement arbore des rhétoriques de va-t-en guerre à l’image de G.W. Bush. À gauche et à droite, on se rallie aux thèmes lepénistes. L’Europe sans frontière se fissure : nous avons de nouveau des contrôles sur le pont de Kehl* et Schengen parait condamné par la crise des réfugiés. À l’image de la France, les mouvements nationalistes gagnent du terrain dans tous les pays. En Pologne, le nouveau Gouvernement a mis les drapeaux européens au rencart. On attend avec résignation la prochaine crise, le prochain attentat, la prochaine menace de sortie de l’Europe de tel ou tel pays, le relatif échec de la COP 21.

Tout ceci pèse négativement sur notre vision d’une Alsace plurielle, attachée à faire valoir sa personnalité, pionnière pour une France fédéralisée et une Europe intégrée et solidaire. Le manque d’entrain pour les manifestations en faveur de notre langue, les catastrophiques élections régionales, les faibles réactions à la remise en cause du régime local d’assurance maladie, attestent d’un découragement empreint de fatalisme.

Mais Noël nous rappelle que c’est au plus profond de la nuit que la lumière peut surgir, du moins si nous restons en attente et si nous savons reconnaitre les signes du renouveau.»

Jean-Marie Woehrling, « Recentralisation et néonationalisme à tous les étages », in Land un Sproch, n°196, décembre 2015, p.02

*Kehl : ville frontière de Strasbourg, côté allemand.

Eini Sprooch

Après avoir passé les fêtes en Alsace, me revoilà en « France ». À chaque fois, le même choc, la même tristesse sonore. – absence de chant – Une seule langue résonne constamment. Le français. Tout le monde ne parle qu’une seule unique langue. Les personnes âgées, les jeunes, les citadins, les ruraux. Aucun code-switching. Quelle monotonie. Comme c’est ennuyeux… ennuyeux à mourir !

 

Ùf’em Lànd, Fàchwerkhiiser,

In d’Ohre, àlle Gebott – noch – Fàrwefrohe Werter, e bunti Sprooch.

Ùn àb ùn züe au e bìssele franzeesch dezüe.

 

Àwer au schon neiji Hiiser. Sie sëhn genau so üs, wie àlli àndri neiji Hiiser

In gànz Frànkri.

Sìnn mìr denn jetzt schon woàndersch ? Oder nìrjeds meh ?

 

« D’Heim », im innere

sieht’s genau so üs. Ohne Fàchwerkhiiser…

Àwer.

Àlli redde nùmme noch die eini,

einzige,

Sprooch.

 

Wie trürig.

Wie làngweilig.

So làngweilig…

Todeslàngweilig !

La France, une exception monolingue… une aberration.

L’émission « Escale » de la Radio des Nations Unies du 31 juillet 2015 a reçu comme invité Thierry Kranzer, Attaché de presse de l’ONU et auteur du livre Langues régionales au bord du gouffre. Il est Alsacien et rappelle avec sobriété la dure réalité de l’état des langues régionales en France, en regard de ce qui se passe ailleurs, dans tous les pays européens :

« Il n’y a aujourd’hui aucune loi – aucune loi – sur la diversité linguistique en France. Nous sommes le seul pays officiellement monolingue du monde occidental, en tout cas le seul pays qui dans ses institutions privilégie l’existence d’une langue unique sans se référer aux autres langues existant sur le territoire. Le seul au monde occidental. »

Or, les huit langues régionales de France sont toutes des langues transfrontalières,  nationales, ou officielles dans nos pays voisins : le flamand en Belgique, l’alémanique (dont fait partie l’alsacien) en Suisse, le catalan en Espagne, etc.

Quel gâchis ! E Schànd !

A écouter donc, cela dure 15 petites minutes, mais on peut se contenter de la première moitié, si on est vraiment pressé :     Escale – Radio des Nations Unies